Bernard Stiegler, qui se présente comme un philosophe,
est un personnage à la fois intéressant et très inquiétant.
Diplômé de l'École des hautes études en sciences sociales
il est directeur de l'Institut
de recherche et d'innovation du Centre Georges Pompidou,
et dirige également l'Institut de recherche
et d'innovation ( IRI ).
L'innovation, qui est un mot fort sympathique,
synonyme de progrès et de découverte,
est aujourd'hui l'oriflamme de la nouvelle génération
d'industriels et d'hommes politiques
qui se préoccupent de maintenir ou de relancer
l'économie libérale mise à mal par sa propre dynamique
de course effrénée au profit ...
Bernard Stiegler est un de ceux qui incarnent cette politique,
car derrière de nombreuses questions existentielles
et philosophiques,
le discours vise bien à bâtir le cadre politique de l'avenir.
Les vidéos de cet article sont assez longues
et demandent une écoute attentive
car notre homme nous explique - et c'est là qu'il est intéressant -
les mécanismes
et les rapports que nous entretenons, de gré ou de force,
avec le modèle de la société occidentale
où tout tourne, et ce n'est pas nouveau,
sur les liens qui se tissent entre les consommateurs
et les producteurs des biens de consommation.
La crise économique, fruit de la spéculation à tout va,
est une aubaine pour Stiegler
car elle vient conforter sa philosophie idéaliste
qui prône l'avènement d'un homme nouveau :
le contributeur ...
Disciple de Jacques Derrida qui se battait
dans sa " théorie de la déconstruction "
contre les couples d'opposés
- masculin / féminin, sensible / intelligible,
sens / non-sens, fondateur / fondé, etc ... -
il est en passe de réaliser, ou du moins le pense-t-il,
le rêve de son maître.
En effet, le contributeur est à la fois
consommateur et producteur, il crée lui même ses objets,
et ( référence à Freud ) il sublime son désir !
En bref c'est " l'auto-entrepreneur "
à l'esprit volatile et " innovant " qui s'épanouit
en s'inventant une vie facile et comblée,
en permanence branché sur un réseau, ou plutôt
sur LE réseau ...
La proposition est donc la suivante :
ne soyons plus des consommateurs stupides
mais inventons nos propres désirs
et notre esclavage individuel et individualiste.
Son discours est particulièrement inquiétant
lorsqu'il cite Edward Bernays,
dont à coup sûr il s'inspire tout en le critiquant
( car il poursuit le même objectif et ne s'en cache pas :
sauver le capitalisme ),
qui est celui qui,
en reprenant et en avilissant les théories de Freud
sur le désir, a mis au point des méthodes
pour utiliser la psychologie du subconscient
dans le but de manipuler l'opinion publique :
le brillant créateur de la société de consommation ...
Cette dernière qui en ces temps particulièrement obscurs
sombre dans l'absurde et la destruction
a donc toutes les chances d'être sauvée par l'énergie
déployée par Stiegler et ses acolytes.
Surfant sur la crise, que dis-je, l'écroulement
d'une société dépendante de la spéculation
et sur l'avènement des bio & nanotechnologies,
il nous promet un monde merveilleux où
votre livre de recettes de cuisine
vous évitera la crise de nerf en vous signalant sa présence
dans les chiottes ou dans la chambre à coucher,
alors que vous le chercher éperdument
là où il devrait se trouver,
c'est à dire à côté du four à micro-ondes ...
En passant, bien sûr,
vous retrouverez des relations enrichissantes
avec vos enfants et vos collègues de bureau !
Il y a bien une ombre au tableau, certes :
le danger qu'une techno-science sans conscience
nous entraîne dans l'enfer d'une société hyper-totalitaire
de surveillance et de contrôle global.
Mais que l'on se rassure
( tout en oubliant les inégalités entre le Nord et le Sud,
entre les toujours plus riches et les chômeurs déshérités,
entre les oubliés de l'éducation et les énarques ... )
Bernard y réfléchit .........
Koyuki*













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